Un salarié en CDI reçoit sa lettre de licenciement un lundi matin. Le lendemain, son employeur lui demande de ne plus venir. Le salarié accepte, soulagé. Trois mois plus tard, il découvre qu’il n’a jamais reçu son indemnité compensatrice de préavis. Ce type de situation reste fréquent, et il repose presque toujours sur une méconnaissance des règles qui encadrent le préavis côté employeur.
Le préavis de licenciement en CDI n’est pas une formalité administrative. C’est une obligation légale dont le non-respect expose l’entreprise à des condamnations prud’homales. Voici ce que chaque employeur doit maîtriser avant de notifier un licenciement.
Date de début du préavis de licenciement : le piège de la lettre recommandée
Vous envoyez la lettre de licenciement par recommandé avec accusé de réception. Le préavis commence-t-il à la date d’envoi, à la date de réception, ou à la date de première présentation par le facteur ?
Le préavis court à partir de la première présentation de la lettre recommandée, même si le salarié ne va jamais la chercher au bureau de poste. Cette règle, confirmée par la jurisprudence et rappelée par Service-Public, change tout pour le calcul du délai.
Un employeur qui daterait le début du préavis au jour où le salarié retire effectivement le courrier risque de décaler toute la chronologie. Le contrat de travail se prolonge alors au-delà de ce qui était prévu, avec les obligations de rémunération qui en découlent.
Décompte en jours calendaires
Le préavis se décompte en jours calendaires, pas en jours ouvrés. Weekends et jours fériés sont inclus dans le calcul. Si la première présentation a lieu un vendredi, le préavis d’un mois expire le même jour du mois suivant, sans exclure les samedis et dimanches intermédiaires.

Durée légale du préavis selon l’ancienneté du salarié
L’article L. 1234-1 du Code du travail fixe trois paliers de durée minimale. L’ancienneté du salarié dans l’entreprise détermine le plancher applicable.
| Ancienneté du salarié | Durée minimale du préavis |
|---|---|
| Moins de 6 mois | Fixée par la convention collective ou l’usage |
| De 6 mois à moins de 2 ans | 1 mois |
| 2 ans et plus | 2 mois |
Ces durées sont un plancher, pas un plafond. La convention collective ou le contrat de travail peuvent prévoir un préavis plus long. L’employeur doit comparer trois sources avant de notifier : le Code du travail, la convention collective de branche (ou l’accord d’entreprise), et le contrat individuel du salarié. La règle la plus favorable au salarié l’emporte.
Pour un salarié ayant moins de six mois d’ancienneté, aucune durée légale n’est fixée par le Code du travail. Il faut se reporter à la convention collective applicable ou aux usages de la profession. Ignorer cette étape revient à prendre un risque contentieux.
Dispense de préavis par l’employeur : obligations financières
L’employeur peut décider de dispenser le salarié d’effectuer son préavis. C’est un choix unilatéral : le salarié ne peut pas s’y opposer. En revanche, cette dispense a un coût précis.
L’employeur qui dispense le salarié de préavis lui doit une indemnité compensatrice égale au salaire qu’il aurait perçu s’il avait travaillé pendant toute la durée du préavis. Cette indemnité compensatrice de préavis inclut le salaire de base, les primes et les avantages en nature habituels.
Quand le salarié demande la dispense
Le salarié peut aussi demander à ne pas effectuer son préavis. Si l’employeur accepte, aucune indemnité compensatrice n’est due. Le contrat prend fin à la date convenue entre les deux parties. Si l’employeur refuse, le salarié doit exécuter son préavis normalement.
Faute grave et faute lourde : pas de préavis
En cas de licenciement pour faute grave ou faute lourde, le salarié n’a droit ni au préavis ni à l’indemnité compensatrice. Le contrat est rompu immédiatement. C’est la seule situation où l’employeur n’a aucune obligation liée au préavis.
Contrat de sécurisation professionnelle et préavis neutralisé
Dans les entreprises de moins de mille salariés, l’employeur qui licencie pour motif économique doit proposer un contrat de sécurisation professionnelle (CSP). Ce dispositif modifie profondément le fonctionnement du préavis.
Quand le salarié accepte le CSP, le contrat de travail est rompu d’un commun accord à l’issue du délai de réflexion. Il n’y a pas de préavis à exécuter. L’employeur verse à France Travail l’équivalent de l’indemnité compensatrice de préavis. Un régime spécifique s’applique si le préavis théorique dépasse trois mois de salaire.
Cette mécanique est souvent mal comprise. L’employeur croit parfois qu’il n’a rien à payer puisque le salarié ne travaille plus. En réalité, la somme correspondant au préavis est simplement redirigée vers France Travail au lieu d’être versée au salarié.

Erreurs fréquentes de l’employeur sur le préavis en CDI
Certaines erreurs reviennent régulièrement devant les conseils de prud’hommes. Les connaître évite des condamnations parfois lourdes.
- Confondre la date d’envoi de la lettre recommandée avec la date de première présentation, ce qui fausse le calcul du préavis
- Oublier de vérifier la convention collective avant de fixer la durée du préavis, alors qu’elle prévoit souvent des durées supérieures au minimum légal
- Dispenser oralement le salarié de préavis sans formaliser la décision par écrit, ce qui rend la preuve difficile en cas de litige
- Ne pas verser l’indemnité compensatrice de préavis lorsque la dispense est à l’initiative de l’employeur
Chacune de ces erreurs peut donner lieu à une saisine du conseil de prud’hommes. Le salarié dispose d’un délai pour contester, et les juges appliquent strictement les textes.
Le préavis de licenciement en CDI repose sur des règles techniques précises, mais leur application concrète génère encore beaucoup de contentieux. L’employeur qui vérifie systématiquement la convention collective applicable, formalise par écrit toute dispense et calcule le délai à partir de la première présentation de la lettre recommandée réduit considérablement son exposition aux risques prud’homaux.

